2012/10/19

HKH n°5 : Souple et solide à la fois

Introduction

Aujourd'hui, je vous propose un article botanique et culturel sur un constituant essentiel de la société asiatique : le bambou.
Il est omniprésent dans les contrées de l'Est, au point que même les échafaudages ne sont pas faits de ces solides barres en métal dans lesquelles nous mettons notre confiance mais de bambous.
Pourquoi est-il si important ? Quelles vertus le placeraient au-dessus de bien d'autres matériaux ? Et quels sont les divers usages qu'on peut en faire ?
Nous procéderons, pour répondre à cette multiple interrogation, en trois parties. Tout d'abord, nous aborderons le bambou d'un point de vue technique, puis nous l'envisagerons sous ses différentes utilisations et enfin, nous essaierons de comprendre les vertus qu'il doit inspirer à l'homme.


I. D'un point de vue technique

Nous savons que les chercheurs sont avides de comprendre la structure du filament de la toile d'araignée pour des propriétés de solidité telles qu'il détrônerait nos câbles de métal si on en découvrait la composition.
De même, le bambou a des propriétés naturelles qui dominent de loin celles que l'on peut conférer à des matériaux de fabrication humaine, et qui surpassent celles de nos matériaux traditionnels (bois) en bien des points. Quelles sont ces propriétés ?

Le bambou est utilisé depuis des millénaires. Et ce, sans la conséquence que nous connaissons pour nos forêts, c'est-à-dire, la déforestation. En effet, le bambou est la plante ayant la croissance la plus rapide au monde parmi les végétaux. Il ne faudrait que 5 ans pour voir se régénérer une forêt de bambou.

De plus, leur utilisation ne demande qu'un faible rendement énergétique : ils ne nécessitent pas de machines pour être coupés, ils n'ont besoin d'aucun ou de très peu d'engrais ou autre produit chimique pour se développer et ils sont biodégradables.

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Le bambou joint le pratique et l'esthétique car son élégance ne diminue en rien son efficacité. Il est résistant et flexible en même temps. Souple et solide à la fois, comme disaient de grands hommes du monde de la publicité (Pour aller admirer ces modèles de notre société moderne, cliquez ici). Le bambou ploie, mais ne se casse pas.

Enfin, en plus de résister davantage que n'importe quel autre bois à l'abrasion, aux attaques des insectes et de la moisissure, l'humidité de l'air n'a qu'une influence minime par rapport à ce qu'elle peut faire sur un bois dur conventionnel. Source
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Bref, le bambou, c'est super !








II. D'un point de vue utilitaire

Culinaire : Le bambou peut se boire ou se manger.
Tout d'abord, il y a le jus de bambou : ça se boit froid, et c'est sucré. On croirait boire un jus au goût de miel assez prononcé. C'est donc fort agréable aux papilles et possède des vertus médicinales notamment pour le coeur et l'estomac.
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Manger du bambou, c'est plus compliqué pour nous humains. En revanche, nos amis les pandas (eh oui, ils sont nos amis, il faut les aimer aussi = thématique des Inconnus), en raffolent et constituent les premiers plus grands utilisateurs de bambous après l'homme.
Il peut être utilisé aussi pour la cuisine, par exemple, pour prépare votre riz à l'intérieur d'un morceau de bambou. De plus, selon les pays, ils l'utilisent de tant de manières que les développer ici serait trop long. Mais le bambou a donc de nombreuses vertus culinaires, que ce soit en boisson, en aliment, en cuisine, en condiment.

Décoration : Que ce soit en set de table, pour des baguettes, ou des chaises, le bambou est très employé. Il fut utilisé (il l'est encore mais beaucoup moins), pour le célèbre jeu de Mah Jong (vous aurez droit à un article un jour). Le mobilier aussi peut être en bambou, bien qu'à Hong Kong, ce ne soit pas le cas dans la majorité des appartements : Ikéa a le quasi monopole du marché, avec les bois Sglüt-Geblück et Svörn-Raklagg


Bâtiments : Là encore, je parle de façon générale car Hong Kong possède de grands buildings en béton mais le bambou peut servir à construire des maisons. Mais même à Hong Kong, les échafaudages demeurent, dans 95% des cas, en bambous (voir les images ci-dessus).

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Instruments de musique : Il y en a. Vous pouvez voir, sur la photo ci-contre, un panda qui joue de la flûte traversière en bambou.

Autres : Je ne peux développer tous les aspects, mais le bambou peut, ou a pu selon les régions, servir pour maints objets de la vie quotidienne : baguettes, pinceau pour la calligraphie, papier, canne, panier, etc.

III. D'un point de vue personnel

Au-delà des son aspect pratique, les vertus du bambou sont très appréciés d'un point de moral. Être souple et solide à la fois constituent de grandes vertus humaines. Je parle ici de la culture asiatique mais ce qui est dit est réutilisable pour nous, là où nous sommes.

Voici les vertus que symbolise le bambou :
- La droiture et l’élévation : le bambou s'élève, toujours plus haut, sans courbe, sans détour. Il emprunte le chemin le plus rapide et le plus direct vers les hauteurs célestes.
- La jeunesse et la fraîcheur d’esprit : Il est toujours vert, très flexible, souple. Sa capacité d'utilisation en différents domaines en fait un matériau millénaire.
- Le perpétuel dépassement de soi : La croissance du bambou n'est pas régulière, mais se faire par strates, par sections, qui se succèdent comme autant d'étapes de vie. Là aussi, la souplesse d'esprit est nécessaire pour accepter l'irrégularité du développement de notre maturité (et de celle de l'autre)
- L'humilité : L'intérieur du bambou est creux et symbolise, pour les chinois, l'absence de vanité en soi.
- La grâce du recueillement et du chant : Les feuilles au sommet du bambou, lorsqu'elles sont agitées par la brise, produisent un son mélodieux. Les sages viennent donc se recueillir au pied des bambous, à l'écoute de leur chant.
- La solidité : Le bambou est appelé "Acier vert", de par sa résistance supérieure à celle du métal. La souplesse n'implique pas de ployer à la moindre difficulté, mais appelle une vraie solidité dans l'épreuve.
- La fraternité: Je me permets de rajouter cette vertu en voyant ces immenses échafaudages entourant les buildings de verre et d'acier : l'étroite imbrication de nombreux bambous permet de construire de façon très fiable, de telle sorte que si un bambou ploie, de nombreux autres soutiennent l'édifice. (On retrouve l'humilité : personne n'est indispensable, bien qu'on soit irremplaçable)
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Conclusion

Pour finir, une petite histoire de sagesse chinoise sur les vertus pratiques du bambou associées aux vertus morales qu'il signifie :


"Il était une fois un grand jardin, merveilleux, au milieu d'un royaume. Le Maître aimait à s'y promener quand la chaleur du jour devenait accablante. Il affectionnait tout particulièrement le bambou qui lui semblait l'arbre le plus beau de toutes les plantes de son jardin. Au fil des années, ce bambou grandissait, devenait vigoureux et toujours plus conscient de la faveur du Maître. 
Un jour, celui-ci s'approcha de l'arbre et le bambou inclina son faîte respectueusement. Le Maître lui dit : 
- Mon cher bambou, j'ai besoin de toi. Il semblait que le grand jour fut enfin arrivé, le jour pour lequel le bambou avait été créé. Le bambou répondit donc d'une voix douce 
- Maître, je suis prêt. Fais de moi ce que tu voudras. 
- Bambou, ajouta le Maître d'une voix solennelle, pour me servir de toi il faut que je te coupe.
- Me couper moi que tu considères comme la plus belle parure de ton jardin, non ne fais pas cela ! 
- Mon cher bambou, répondit le Maître, si je ne te coupe pas, tu ne sers de rien. 
Le jardin se fit calme; le vent retint son souffle, le bambou inclina sa tète doucement et puis lui murmura: 
 - Maître, puisque tu ne peux m'utiliser sans me couper. alors je suis prêt arrache-moi 
- Mon cher bambou, il me faudra t'enlever toutes les branches et toutes les feuilles. 
- Ah ! non, pas cela, détruis ma beauté, mais laisse-moi mes rameaux de feuilles. 
- Si je ne te les enlève pas, je ne peux pas t'utiliser. 
Le soleil se cacha, un papillon s'envola et le bambou, tremblant à l'idée de ce qui allait lui arriver, lit dans un souffle : 
- Maître, enlève les rameaux et les feuilles. 
- Bambou, dit encore le Maître, il faudra te faire autre chose : Je te couperai par le milieu et je t'enlèverai le cœur. Si je ne le fais pas, tu ne sers de rien. 
- Oui, Maître : arrache le cœur et découpe. 

Alors le Maître du jardin arracha le bambou, coupa ses rameaux et toutes ses feuilles, le tailla en deux sur toute sa longueur et lui enleva le cœur. Puis, il le transporta près d'une source d'eau fraîche et scintillante au milieu des champs desséchés. Il déposa le bambou soigneusement sur le sol ; il posa l'une des extrémités du tronc sous la source tandis que l'autre atteignait le sillon d'arrosage dans le champ. La source chanta sa joie, l'eau claire bondit à travers le corps déchiqueté du bambou jusque dans le canal et se mit aussitôt à abreuver les champs assoiffés. Puis on repiqua le riz et les jours s'écoulèrent. Les pousses grandirent et ce fut bientôt le temps de la moisson. C'est ainsi que le bambou, autrefois si majestueux, devint dans son humble état de débris, une grande bénédiction. Quand il était encore grand et beau, il ne poussait que pour lui-même et se réjouissait de sa beauté. Mais dans son brisement, il était devenu un canal dont le Maître se servait pour faire fructifier son Royaume."

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