2012/10/26

HKH n°6 : Je voulais être Bob Morane

Oui, vraiment, je partais dans une mission à la James Bond, une aventure à la Indiana Jones.

Je partais pour l'Asie avec un soupçon plutôt marqué d'orgueil : "Je suis quand même un mec bien".


Le projet
Le projet de départ était de partir dans un pays d'Asie, de pouvoir travailler l'anglais et être en contact avec la pauvreté, voire la misère*.J'avais envisagé Calcutta en Inde. Mais il n'en a pas été ainsi.

Le projet (2e épisode)
Les MEP m'ont proposé la Thaïlande, et être avec les Karens dans la jungle, ça me tentait bien.
Je voulais apprendre le détachement, et puis faire sensation aussi.
Il y avait des missions dans lesquelles l'Eglise est clandestine ou sans prêtres. C'était attirant.
J'en avais des paillettes dans les yeux rien que d'y penser.

Hong Kong...
       Asie : Ok
       Anglais : Ok
       Pauvreté : ...**
       Aventure : ...

Pourtant, pas une ombre de déception alors que je reçois ma mission.
Les paillettes s'effaçaient peu à peu. Je quittai déjà l'aspect superficiel du missionnaire conquérant.
Le Seigneur travaillait déjà à me déposséder.
Il me dépossédait de mes projets bien superficiels. Le coeur de ma mission n'était plus de faire quelque chose d'extraordinaire, mais de vivre à l'ordinaire.

Bien plus !
    A Hong Kong, partir un an n'est pas impressionnant. Nombreux sont les jeunes qui y viennent, et certains y restent. Certes, pas comme volontaires, plutôt comme étudiants ou jeunes professionnels, mais quand même.
    A Hong Kong, la pauvreté est discrète. Même chez les Petites Soeurs des Pauvres, c'est simple, sobre mais pas pauvre. Car on ne peut accueillir les pauvres en étant aussi pauvre qu'eux. Quant aux personnes âgées qui n'ont d'autres choix que d'être chiffonniers car ils n'ont pas de retraites, que puis-je y faire ? Les regarder en pleurant, guère plus.
    A Hong Kong, ce n'est pas la jungle. La forêt de building offre des conditions assez déplorables à nos yeux d'occidentaux dans une exiguïté inimaginable, mais un appartement reste un appartement : cuisine, salle de bain, lits... Il y a de quoi se loger.

Objections
    Alors certes, vous me direz "Oui mais là où il y a la richesse matérielle, il y a pauvreté spirituelle". Pour autant, ce n'était pas cela que je cherchais. Si c'était pour vivre dans la misère spirituelle, je n'avais pas besoin de quitter la France.
    D'autres m'ont dit : "Mais pourquoi aider à l'autre bout du monde quand il y a des pauvres proches de toi ?"
    D'autres encore : "Ah ? Hong Kong ? Oh bah ça va, c'est sympa, c'est la belle vie !"


Rien d'extraordinaire, Dieu en a voulu autrement pour moi. Il a voulu quelque chose de plus ordinaire.
Et je dis bien que c'est Dieu, non parce que ça ne correspond pas à mes projets (enfin si, c'est vrai), mais parce que ce que j'en retire en moins de trois mois est déjà formidable.
Le but n'est pas d'en faire ici une liste. Mais ces objections vont me permettre d'en développer une part infime.

Partir loin : Pourquoi ?
Même si Hong Kong est assez occidentalisée et que je suis souvent avec des français et des francophones, la distance géographique implique une césure malgré tout radicale avec mes racines. Certes, il y a les mails, skype, facebook... Certes, les contacts avec certaines personnes restent aussi rares que lorsque j'étais en France... Mais tout change. Je ne vous refais pas le topo d'un article précédent (voir ici) sur les bienfaits d'être à l'étranger pour apprendre à s'ouvrir à l'autre surtout dans un monde qui voyage tant.
Bref, partir de France est finalement assez évident.

Certes, mais pourquoi chercher les pauvres si loin ?
Être dans un milieu qui nous est inconnu nous rend plus sensible à l'autre, plus attentif à la vie de l'autre. On apprend à redécouvrir notre rapport à l'autre en percevant mieux la vérité de la relation. Car cette même relation est réduite à sa plus simple expression devant la barrière de la langue, obligeant à une vraie sincérité et à un vrai amour dans chaque geste, chaque sourire, pour se faire comprendre.

Hong Kong, c'est la belle vie !
Je n'ai presque pas le coeur de répondre à cette remarque que j'ai entendue si souvent. 
    Premièrement, il n'y a pas de pays qui soit mieux ou moins bien pour y rendre service. Chacun a ses richesses et ses pauvretés. Chacun a ses besoins. Et il est aussi coûteux d'aller dans un pays pauvre que dans un pays riche quand il s'agit d'aller aider ceux qui sont en détresse.
    Deuxièmement, qu'on fasse cette réflexion peut-être à des étudiants qui voudraient "profiter de la vie" (selon une expression répandue mais qui m'est toujours aussi obscure), à la limite. C'est sûr que Hong Kong est un lieu super pour qui veut sortir, visiter, voyager, se faire des bons plans. Mais je ne suis pas là pour ça. Je ne suis pas là pour avoir la belle vie. Même si de fait, elle l'est. Cependant, probablement pas pour les raisons que certains auraient pu imaginer. J'ai des choses plus intéressantes à faire.

Hong Kong ? Tu as de la chance ! C'est une super expérience !
Oui c'est une super expérience. Oui le séminaire a cette bonne idée de proposer ça à ses séminaristes, ceux qui le veulent, ceux qui en ont besoin. Vous n'y pensiez pas ? Quoi qu'il en soit, c'est le cas. Alors priez pour moi, que le Christ encore et toujours me conduise. Qu'il me maintienne dans la fidélité à Sa volonté et qu'il forme mon coeur à aimer toujours plus.



* Je n'ai pas fait les statistiques, mais je pense qu'à ce moment-là, vous êtes 90% à sourire en vous disant "Ah, bah il peut toujours courir pour la trouver la pauvreté à Hong Kong"
** J'ai aussi fait partie des 90%...

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