2012/11/23

HKH n°10 : Boule à facettes

Manque d'inspiration cette semaine, ou manque de matière pour faire quelques choses de mes idées... Alors je vous livre un texte que je garde en réserve depuis le 10 septembre. Quelques retouches n'altèrent en rien la réalité de l'évènement, même deux mois après.

La pénombre règne maintenant, nuancée seulement par l'éclairage artificiel. Les artères se sont vidées de leur population. Les voitures aux centaines de chevaux peuvent enfin profiter davantage de leur puissance dans de longues lignes droites sans personne. Une course de char des temps modernes !

Deux chariots au coin de la rue. Sur chacun d'eux s'entassent de nombreux et imposants sacs-poubelles. De derrière l'un des chariots s'élève péniblement un sac, semblant se hisser seul sur ses semblables. Une petite dame, courbée par l'âge et le labeur, tente de déposer son fardeau sur le véhicule instable.
Que faire ? L'aider ? Le temps de me poser la question, elle échangeait quelques mots avec la propriétaire du second chariot. Les deux paraissent être désormais au maximum de leur charge.

Perdu dans mes pensées, égaré dans les rues désertes et obscures, j'en oublie de traverser pour continuer à chercher mon arrêt de bus. Quel coeur n'est pas déchiré par une telle misère ? Déchiré par la misère de celle-là même qui m'arrache à mes pensées par quelques mots : elle me signale que je peux passer sur l'autre rive. Et elle de continuer son chemin pour entamer la dernière pénible ascension de sa journée, poussant son chargement probablement équivalent à plusieurs fois son poids. Puis la chétive silhouette s'efface.

Son ombre me hante, mon coeur pleure son impuissance devant une telle faiblesse. Comment une excessive richesse peut-elle encore parvenir à laisser passer une telle pauvreté ? Pas de système de retraite, pas de système de retraite... Elle a bon dos l'absence de système de retraite...

Quelques pas dans une ruelle et c'est la même histoire : cela n'en finit-il donc jamais ?
Et cette autre chiffonnière  assise dans l'ombre, le chariot vide, peut enfin avaler ce que lui permet son salaire : un fruit, quelques nouilles.

Et non, cela n'en finit jamais, quelque soit l'heure du jour ou de la nuit.
Que pouvons-nous y faire ? Pas grand-chose quand ne serait-ce qu'une aide ponctuelle serait déjà leur montrer leur incapacité à travailler seuls. L'âge de tous ces vieillards n'a pas de valeur, seule leur dignité conservée dans le travail leur assure subsistance et existence. Ne pas perdre la face.

Mais Hong Kong en a plusieurs, des visages...

Aucun commentaire: