2012/11/15

Hors-Série n°2 : Sujet tendance

Le débat sur le mariage pour tous et l'adoption par les couples homosexuels fait encore rage mais on sent un épuisement, une fatigue dans une confrontation qui dure, qui dure trop. Les prises de décision traînent et font sombrer les uns dans l'indifférence, les autres dans une énergie renouvelée. Mais les arguments ne sont plus reçus : on a l'impression de les avoir trop entendus sans que personne n'ait bougé.

Alors, en tant que chrétien, je ne peux rester éternellement dans le mutisme. Ma distance avec les événements qui se déroulent en France ne me rend que plus qu'affligé de ne pouvoir être au coeur.
Et c'est justement sur ce coeur que je veux écrire. Alors je n'écris pas à l'égard de ceux qui ne sont pas en accord avec moi, mais j'écris à tous ceux avec qui je suis d'accord sur ces questions fondamentales d'éthique et tout particulièrement parmi eux les Chrétiens.


  • Comment exiger des autres une radicalité qu'on ne peut s'imposer à nous-mêmes ?

Nous sommes très exigeants avec ceux qui sont en faveur du mariage pour tous, mais pouvons-nous l'être autant avec nous-mêmes ?

Nous pourrons exiger des autres de rester sur ce qui nous semblait acquis depuis des siècles voire inscrit dans la nature, mais nous nous devons d'exiger encore plus de nous-mêmes.
Car la lutte politique est pour nous complètement inefficace si la prière n'est pas au centre de notre vie, si la sainteté n'est pas notre objectif.
Nous les accusons de s'égarer hors de la vérité, mais cette vérité, qui pour nous est le Christ, la recherchons-nous ardemment, c'est-à-dire avec toute notre vie, sans partage ?

  • Quel serait en effet le sens de se battre pour des valeurs chrétiennes qu'on ne vit pas à fond ?

Je souhaiterais que tous les chrétiens qui vont manifester samedi prochain soient de grands priants ou cherchent à le devenir à partir de maintenant. Ce combat politique nous échoit en tant que citoyens mais nos convictions sont bien plus profondes que toutes les raisons que nous pourrons trouver dans le Code Civil pour légitimer nos arguments devant le regard athée.
Si après la manifestation, il ne se passe rien, cessera-t-on d'être chrétien ?
Précisément non car nous ne sommes pas un parti né d'une idéologie et d'une opposition mais notre opposition nous met dans la partie. Ainsi, notre raison d'être n'est pas cette opposition, mais notre opposition naît de notre raison d'être : le Christ.

  • "Seigneur, je te remercie d'être convaincu et de ne pas être comme ces chrétiens qui restent en retrait"

Il est facile de crier sur ceux qui restent en retrait. Pourtant il en faut et ils sont le coeur de notre combat ceux qui sont derrière non par peur mais pour prier ;  et quand bien même ce serait la peur ou le doute qui les maintiendraient loin du front, qu'ils saisissent cette occasion pour passer "d'inutiles" à "essentiels". Ils ne doivent pas être récriés, mais bien plutôt être encouragés.
Car il y a divers charismes, mais c'est toujours le même Esprit qui est à l'oeuvre.

  • Une manifestation n'est pas une fin

Notre manifestation n'est pas une fin, elle n'est qu'un moyen d'expression, mais si les catholiques faisaient tout pour être des témoins rayonnant de l'amour du Christ, ils n'auraient pas besoin de revendications politiques. Vivons parfaitement en chrétien, et nous n'aurons plus besoin de paroles.

  • Hollande = Flanby ?

Accuser ses responsables, c'est une chose ; une autre est de prendre ses responsabilités.
Alors levez-vous pour vous faire entendre, mais n'en restez pas là, ce serait trop facile.
Restez toujours bienveillants. Ne critiquez pas vos dirigeants, mais priez pour eux et aimez-les pour vivre l'Evangile. Qui, à leur place, pourrait résister à une telle pression ? Ne soyons pas un autre camp, un camp de plus, mais prouvons que nous ne formons qu'une nation avec notre gouvernement et ceux qui sont contre nous. Car dans une lutte, il y a un vainqueur et un vaincu ; dans une nation, une famille, il ne peut y avoir que de la correction fraternelle mais pas l'humiliation de la défaite. 
Gardez-vous donc de vous réjouir parce que vous gagnez une lutte mais seulement parce que votre frère qui était perdu est revenu à la vie.

  • Liberté et expression

La liberté d'expression est un droit, l'expression au nom de la vraie liberté est un devoir mais le silence de la prière (je ne parle pas du mutisme de la victime mais du silence qui est écoute) est notre seule loi.
N'essayez pas de crier plus fort que l'autre, mais essayez de l'écouter davantage.
Ainsi, quand l'agitation extérieure vous agressera, elle ne sera pas à même d'ébranler votre paix intérieure.

  • Notre modèle, c'est le Christ

Il y a 2000 ans, le Fils de Dieu est venu, et il n'a pas été accueilli. Combien plus risquons-nous d'être rejetés ? 
Mais qui pourra nous séparer de l'Amour du Christ ? Rien. Alors quoi qu'il arrive, ne nous affligeons pas, mais courons jusqu'au bout cette course de la vie et ne nous reposons jamais, pour bénéficier des fruits de la victoire qui déjà nous est acquise dans la mort et la résurrection du Christ.
Ne craignons pas ceux qui peuvent tuer notre corps mais ceux qui peuvent tuer l'âme. Redoublons d'efforts alors pour que ceux qui nous entourent ne tiédissent pas devant la sensation d'une défaite.

  • De quel droit je parle ?

Oui, c'est facile de parler dans la mesure où je suis loin. Et qui suis-je pour le faire ? Je serais un récent converti, on aurait loué ma foi zélée. Non, on va plutôt critiquer l'idéalisme de mon jeune âge et de mes années de séminaire, encore pleine d'une fraîcheur qui n'attend que d'être déçue. 

Et si justement, c'est ceux-là qui avaient perdu un idéal qu'ils ont confondu avec des illusions qui devraient essayer de retrouver cette fraîcheur de jeunesse ?
Non, je parle en tant que citoyen et chrétien qui a choisi de suivre la Christ par amour et qui souffre de voir ce pays qu'il aime en proie à de tels tourments. Pourtant, en choisissant de répondre à cet appel à devenir prêtre, si Dieu me conduit jusqu'à l'ordination, je serai détesté par ce pays, incompris, insulté, raillé. Les Chrétiens eux-mêmes attendront de moi que je remplisse un certains nombre de cases et si je ne les remplis pas, ils feront comme les autres français (et ils commencent probablement à rire en lisant ces quelques lignes "rêvées"). Je parle donc car je n'ai rien à perdre, rien à gagner si ce n'est l'espérance de vivre auprès de Celui à qui je donne ma vie. Je ne cherche pas de profit, seulement la gloire de Dieu et le salut du monde. Et c'est pour cela que j'ai ressenti le besoin d'écrire ces quelques lignes, avec l'espoir que tous retrouvent un peu le sens de leur engagement. 

"Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende ; que celui qui a des yeux pour voir, qu'il voit"


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